Le gouvernement tient-il deux positions?
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le mercredi 25 février 1998
Réservoir Kénogami
Le gouvernement tient-il deux positions?
L’avocat Serge Simard a tenté de prendre à contre-pied les invités du Comité provisoire du lac-réservoir Kénogami et des rivières Chicoutimi et aux Sables, hier, à l’occasion d’une assemblée publique, présentée à Chicoutimi, devant une poignée de personnes.
Procureur de 10 600 sinistrés du déluge de 1996 qui poursuivent le gouvernement (en recours collectif), M. Simard a accusé le gouvernement d’avoir deux positions (opposées) sur la crue maximale probable.
D’abord une à travers le ministre adjoint et responsable du secrétariat à la reconstruction Georges Beauchemin et l’ancien commissaire de la Commission Nicolet, Gilles Marinier, selon laquelle la crue maximale probable (CMP) doit être le principal critère de gestion des ouvrages de retenue.
Et une autre, qui apparaît dans un document déposé à la Cour dans la cause du recours collectif des sinistrés des rivières Chicoutimi et aux Sables et du ruisseau Jean-Deschêne dans lequel il est dit que la «crue maximale probable n’est pas une norme de gestion et d’exploitation».
En pointant la table devant lui, où étaient assis MM. Marinier et Beauchemin, ainsi que Bruno Robert, un fonctionnaire de la division hydroélectrique, M. Simard a ajouté que leur position était en fait celle du gouvernement et que ce même gouvernement soutient la même chose sur une autre tribune.
«Coup donc, s’est interrogé M. Simard, paraissant bien en contrôle de ses émotions, on s’amuses-tu? Un matin le gouvernement dit blanc et le lendemain, il dit noir!»
Devant l’insistance de M. Simard, M. Beauchemin lui a répondu: «Je sens dans votre question une portée juridique, il y a un forum pour l’adresser.»
Sur ce, Me Simard a attaqué un scénario qui semble plaire à MM. Beauchemin et Marinier, celui de la construction des deux réservoirs (sur la Pikauba et des Ecorces) et l’aménagement de trois centrales (de 5,7 et 27,5 et 27,5 mégawatts) en aval.
«Trois barrages, a-t-il souligné, c’est trois risques, trois endroits où il y a des ponts, des poutrelles et des installations électriques qui s’exposent à des bris multiples et qui requièrent de l’entretien.»
Il a fait savoir aux intervenants qu’il préfère de loin une solution basée uniquement sur la sécurité des gens en fonction d’un événement extrême, qui est la crue maximale probable, deux fois plus élevée que ce qui est tombé en juillet 1996 sur le Saguenay.
Sur le même sujet, Marie-Josée Fortin, une résidante de Chicoutimi, a demandé jusqu’à quel point étaient liés les projets de barrages sur les rivières aux Ecorces et Pikauba et l’aménagement de trois centrales et s’il était dans le mandat du comité de rentabiliser la gestion sécuritaire des ouvrages de retenue.
Paul Ruel, le président du comité provisoire, a répondu que tous les scénarios seraient étudiés et qu’il faudra effectivement voir si sécurité et production d’électricité sont compatibles. De plus, a-t-il ajouté, faudra voir les conséquences de l’exploitation de barrages dans une réserve faunique.