Pikauba: un désastre écologique et économique est à prévoir!
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le mardi 13 juillet 2004
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Pikauba: un désastre écologique et économique est à prévoir!
Mme Françoise Gauthier, ministre de l’Agriculture, des Pêches et de l’Alimentation.
Le Conseil des ministres sera appelé prochainement à se prononcer sur le projet de réservoir sur la rivière Pikauba. Dans son rapport, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) apporte une légère modification pour diminuer les impacts environnementaux.
Ce projet représente toujours un désastre écologique et économique. Un désastre écologique, parce qu’il détruira un écosystème unique et irremplaçable. Un désastre économique, parce qu’il en coûtera des centaines de millions de dollars aux contribuables pour aménager l’infrastructure visée par le projet et des millions supplémentaires pour contrer l’érosion des berges qui en résultera. Un gaspillage de fonds publics également, parce qu’il existe une solution de rechange qui permet d’atteindre les mêmes objectifs visant à assurer la sécurité de la population et ce, à un bien meilleur coût.
De plus, cette autre solution serait beaucoup moins dommageable pour le milieu naturel.
Historique et objectif
Le projet d’aménager un réservoir sur la rivière Pikauba fait suite aux inondations de juillet 1996, notamment aux travaux de la commission Nicolet. Selon le promoteur, cet ouvrage permettrait, en conjonction avec la capacité de rétention du lac-réservoir Kénogami, de régulariser les crues de ce dernier dans l’éventualité où des pluies diluviennes surviendraient à nouveau.
Bref, le promoteur invoque la sécurité publique pour aménager le réservoir sur la Pikauba.
Toutefois, plusieurs éléments de ce dossier nous permettent d’entretenir de sérieux doutes sur le prétendu accroissement de la sécurité qui en résulterait. L’énorme masse d’eau qui sera retenue par le réservoir que projette le promoteur représenterait plutôt une source supplémentaire de craindre pour la sécurité publique, dans l’éventualité où un sinistre surviendrait. Dans un tel cas, c’est tout le territoire des bassins versants de la rivière Chicoutimi et de la rivière au Sable qui serait emporté par les millions de litres d’eau. On constate donc qu’en voulant régler un problème, le promoteur en crée un, pire!
Projet modifié
Le BAPE propose de gérer le réservoir Pikauba à un niveau d’eau inférieur à celui prévu au projet présenté par le promoteur. Ces modifications sont dictées par les principes du développement durable, affirme le BAPE dans son rapport. Permettez-moi de vous rappeler que le développement durable représente une solution de compromis, où chacune des composantes du concept (la rentabilité économique, la protection de l’environnement et l’équité et l’acceptabilité sociale du projet) sera mise à contribution.
En d’autres termes, on cherchera à maintenir la rentabilité économique du projet, à diminuer les atteintes à l’environnement et à rendre le projet socialement acceptable et équitable.
On constate, malgré les modifications apportées au projet par le BAPE, que l’environnement naturel exceptionnel et irremplaçable où sera réalisé le projet représente la seule composante qui devra subir les conséquences négatives du projet.
Aucun effort n’est demandé aux riverains et plaisanciers, ni aux entreprises y exploitant des barrages hydroélectriques. À preuve, il est souligné dans le rapport du BAPE que les usages actuels et futurs ne doivent pas être compromis. À certaines occasions, des mesures d’atténuation sont même écartées pour ne pas remettre en question les usages actuels du lac-réservoir Kénogami et des rivières aux Sables et Chicoutimi.
Ces usages correspondent notamment aux aménagements hydroélectriques. On sacrifiera donc un écosystème unique qui appartient à la société québécoise pour quelques mégawatts qui profiteront à des intérêts privés. Nous devons donc conclure que l’environnement pèse peu dans la définition du développement durable que retient le BAPE dans le cadre de ce projet!
Milieu naturel exceptionnel
L’aménagement d’un barrage sur la rivière Pikauba détruira un milieu naturel exceptionnel et unique. Tellement exceptionnel du point de vue de la faune, de la flore et des habitats, qu’on ne retrouve un tel potentiel qu’à deux autres endroits dans la réserve faunique des Laurentides.
La vallée de la Pikauba possède en effet la plus forte densité d’orignaux et de castors de toute la réserve faunique des Laurentides et elle compte, dans le cas des orignaux, parmi les plus élevées au Québec.
On y retrouve également un écosystème composé de près de 500 hectares de milieux humides, qui seront détruits à tout jamais, ces écosystèmes qui sont pourtant considérés comme les plus productifs en terme biologique et dont plus de 80 pour cent de ce ceux présents au Québec méridional ont déjà été détruits.
Ce projet est donc très dommageable pour le milieu naturel où il sera réalisé et, si l’on considère ses effets cumulatifs sur les écosystèmes, notamment ceux relatifs à la disparition des milieux humides, nous sommes en présence d’une véritable catastrophe écologique!
Aire protégée
Un représentant du ministère de l’Environnement affirmait, devant le BAPE, que ce site méritait d’être désigné aire protégée en raison de sa richesse biologique et de son caractère unique. À l’heure où le gouvernement du Québec fait la promotion de la « Stratégie québécoise sur les aires protégées » afin d’augmenter la superficie du territoire protégé à 8 % du territoire, d’ici 2005, nous nous expliquons mal comment on peut sacrifier un tel écosystème.
L’aménagement prévu sur la rivière Pikauba entraînera des dépenses astronomiques. D’abord, la création du réservoir coûtera entre 150 et 250 millions $, sans compter les nombreux millions supplémentaires nécessaires pour réaliser l’enrochement des rives du lac, pour enrayer l’érosion suite au rehaussement de son niveau, et l’entretien récurrent de ces mêmes rives. Nous n’avons qu’à penser, à titre d’exemple, aux berges du lac Saint-Jean qui exigent des sommes colossales pour leur stabilisation.
En juillet 1999, le ministère de l’Environnement proposait une solution répondant aux impératifs de la gestion des crues dans le contexte de la sécurité publique et, par surcroît, beaucoup moins dommageable pour les écosystèmes du bassin versant du lacréservoir Kénogami. Or, bien qu’il souligne que ce « projet répond aux impératifs de sécurité publique », le BAPE ne retient pas cette option. Il considère l’aménagement du réservoir sur la Pikauba comme une composante essentielle à l’atteinte des objectifs de sécurité publique. Pourtant, ce réservoir représentera une épée de Damoclès pour la sécurité dans l’éventualité où le barrage céderait suite à une catastrophe naturelle ou autre.
Actuellement, le gouvernement sabre dans les dépenses sociales, aux régions et dans plusieurs programmes au motif de réviser le rôle interventionniste de l’État.
Dans un tel contexte, l’injection de quelques centaines de millions de dollars dans un projet qui est loin de faire l’unanimité est scandaleuse. Dans la conjoncture actuelle, les importantes économies d’argent que l’on pourrait réaliser en retenant l’option de juillet 1999 serviraient à de bien meilleures fins en étant investies notamment dans les programmes sociaux et la protection de l’environnement qui souffrent de trop fréquentes coupures ces temps-ci.
Ce projet ne rencontre donc pas les aspects d’une saine gestion économique. Surtout, si l’on considère qu’il s’agit de fonds publics. De plus, les sorties dans les médias de riverains et de commentateurs démontrent que la sécurité publique – qui représentait auparavant la justification première de ce projet – cède maintenant le pas à un niveau du lac qui dérangera le moins la pratique des activités nautiques des nombreux plaisanciers du secteur et assurera un approvisionnement en eau suffisant au profit des entreprises privées exploitant des aménagements hydroélectrique.
Projet injustifié
Pour toutes ces raisons, on peut difficilement justifier ce projet en regard des principes du développement durable que le BAPE – tout comme le gouvernement d’ailleurs – prétend appliquer et promouvoir.
C’est pourquoi le Comité de l’environnement de Chicoutimi demande au gouvernement de ne pas donner suite aux recommandations du BAPE et d’évaluer les solutions de rechange disponibles, moins coûteuses et moins dommageables à cet écosystème unique.
Je vous invite en terminant à regarder le mémoire-vidéo d’André Bouchard, intitulé Pikauba, dont copie vous a déjà été remise. Ce mémoire vous aidera à mieux visualiser la beauté unique du site et les enjeux qui y sont associés dans le cadre du projet de réservoir sur la Pikauba.