Lac Kénogami: la colère des maires est justifiée


le vendredi 18 août 2000

Lac Kénogami: la colère des maires est justifiée

Au mépris de la logique la plus élémentaire, le ministère québécois de l’Environnement n’a pas encore jugé utile de se conformer à l’une des principales recommandations de la Commission Nicolet, voulant que la surveillance du barrage du lac Kénogami soit effectuée sur place par un gardien. Une méthode certes archaïque, banale et coûteuse, en ces temps où l’ordinateur trône en monarque absolu au sommet de la chaîne de commandement de toutes les organisations, mais qui, au moins, continue toujours de faire ses preuves.

Cet entêtement du gouvernement est d’autant plus incompréhensible et détestable que le Premier ministre en personne, Lucien Bouchard, suit de près, dit-on, l’ensemble du dossier.

Les pluies diluviennes qui se sont abattues les 9 et 10 août dernier sur le Saguenay-Lac-Saint-Jean ont gonflé considérablement et en un temps record plusieurs cours d’eau, notamment à Métabetchouan. Là-bas, la population a même cru à une réédition du Déluge de juillet 96. Et, comme il fallait s’y attendre, le réservoir du lac Kénogami a lui aussi accusé le coup sévèrement…

En se fiant un peu trop à leurs ordinateurs et à la météo d’Environnement-Canada, qui y est allée d’une estimation trop conservatrice dans ses prédictions, les fonctionnaires en poste à Québec chargés de contrôler le niveau du réservoir commandant le débit de la rivière Chicoutimi, à partir du lac Kénogami, ont pris la décision, passablement sur le tard, d’ouvrir les vannes. Le gonflement rapide et massif du cours d’eau qui en a résulté a pris les riverains par surprise. Eux aussi, ils ont eu une sacrée frousse! De l’avis unanime, pourtant, un simple examen visuel effectué en plein coeur des averses permettait au premier profane venu d’en arriver à la conclusion que quelque chose de grave était en train de se passer. En conséquence, une action devait être prise dans les plus brefs délais.

Ce constat est passé complètement inaperçu des fonctionnaires et des ordinateurs d’Environnement Québec, dont les quartiers sont établis à des centaines de kilomètres de là. On comprend donc la juste colère qui anime présentement les maires siégeant sur le Comité de gestion du lac Kénogami.

Le ministère québécois de l’Environnement joue avec la sécurité et le bien-être psychologique de plusieurs milliers de personnes qui, un peu partout au Saguenay, et particulièrement en bordure de la rivière Chicoutimi, habitent des zones inondables.

La bavure des 9 et 10 août dernier représente un avertissement sérieux, un peu plus de cinq ans seulement après le déluge historique d’un certain mois de juillet. Les maires de Laterrière, de Lac Kénogami et de Jonquière, ont parfaitement raison d’exiger des comptes du gouvernement québécois, surtout après les innombrables mises en garde qu’ils n’ont cessé de lui servir ces derniers temps.

La haute technologie ne remplacera jamais le simple bon sens dont peut faire preuve n’importe quel être humain normalement constitué qui, face à une situation potentiellement dangereuse, doit prendre une décision rapide susceptible de sauver des vies. Les puissants ordinateurs de la NASA n’ont pas empêché la navette Columbia de piquer du nez avec son équipage. Le crash de cet autre oiseau fabuleux qu’est le Concorde vient de prouver lui aussi que la technologie de pointe ne sera jamais parfaite.

La bataille de l’eau, comme bien d’autres, est encore loin d’être gagnée dans la région…

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