Un métier rare: gardien de barrage
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le Dimanche 16 mai 2004
Un métier rare: gardien de barrage
Laterrière – Il ne sont que 18 à pratiquer ce métier pour le compte du Gouvernement du Québec, mais leur rôle peut s’évérer crucial au cas ou les éléments météorologiques se déchaînent comme cela a été le cas lors du déluge de 1996.
Dans la région, deux personnes, Normand Dufour et Ludger-Michel Tremblay, portent le titre officiel de gardiens de barrage pour le gouvernement. Ils ont pour tâches de traiter journalièrement aux petits soins les ouvrages de Portage-des-Roches et de Pibrac. Ces barrages endiguent environ 345 millions de mètres cubes d’eau formant le Lac Kénogami, ce lac réservoir qui fait la joie des villégiateurs lorsque le niveau d’eau remonte au printemps tout comme celle des industriels qui produisent de l’électricité sur les rivières aux Sables et Chicoutimi. Alors que la crue printannière bat encore son plein, Progrès-Dimanche est allé visiter Normand Dufour, gardien du barrage Pibrac depuis plusieurs années et Ludger-Michel Tremblay, un gardien de barrage ayant une formation de technicien en génie civiel qui est entré en fonction tout récemment le 10 mai dernier. L’objectif de cette visite est de connaître les tâches journalières de ces personnes. Les deux hommes étaient accompagnés de Marcel Laganière, ingénieur affecté à la gestion des barrages au Centre de gestion hydrique de Québec.
Avec l’entrée en vigueur du réglement sur la Sécurité des barrages, le métier de gardien de barrage a repris du galon puisque Québec doit assurer le gardiennage d’un plus grand nombre de barrages dans la province, explique M. Laganière.
Pour Normand Dufour, le métier de gardien de barrage n’a plus tellement de secret puisque son père, Denis, a pratiqué le métier avant lui pendant 35 ans à Pibrac.
« J’ai fait mes classes avec mon père puisque je demeurais dans la maison du gardien ».
À une certaine époque, explique M. Laganière, le gardien de barrage était rattaché à la maison où il demeurait et devait se rapporter pour le moindre déplacement au centre commercial ou autre sortie courante. « Dans le temps, le gardien de barrage ne pouvait pas faire de camping pendant ses vacances. C’était quelqu’un qui n’avait pas une liberté totale. Aujourd’hui en 2004, ce ne serait plus faisable d’exiger de telles choses » explique M. Laganière.
Malgré tout, les préjugés demeurent puisque plusieurs citoyens s’imaginent encore que le gardien de barrage est une personne qui fume la pipe sur son balcon et dont la tâche consiste à ouvrir les vannes de temps à autre.
UNE FONCTION AUX MULTIPLES FACETTES
Les gens qui occupent la fonction de gardien de barrage en 2004 se doivent de posséder des connaissances très larges dans de multiples domaines afin de bien remplir leurs fonctions journalières.
Invité à expliquer ses tâches journalières qui s’étalent sur 35 heures, Normand Dufour explique que sa première tâche du matin consiste à calculer les débits d’eau provenant des rivières du parc des Laurentides, mesurer le niveau d’eau du lac, l’écoulement de l’eau dans chacune des vannes du barrage et autres calculs effectués à l’aide d’ordinateurs. « Toutes ces données sont transmises et vérifiées avec un ingénieur en poste à Québec qui disposent lui aussi de systèmes de mesure. Il y a six ingénieurs de garde à Québec qui se relaient 24 heures par jour pour s’assurer que les opérations du barrage puissent se réaliser en cas de besoin. » Une fois cette tâche accomplie, les mêmes informations sont transmises aux opérateurs des centrales hydroélectriques d’Elkem, Abitibi-Consol, Hydro-Jonquière, ainsi que la direction régionale du ministère des Ressources naturelles.
Une fois le portrait de la situation tracé et les instructions de la journée reçues, les gardiens de barrage s’occupent de l’inspection et l’entretien des équipements des ouvrages, un peu comme le font chaque matin les pompiers avec leurs équipements.
Il y a de quoi s’occuper, selon eux, puisqu’un barrage nécessite la présence de trois sources d’électricité indépendantes avec la présence sur les lieux de deux génératrices en plus du système d’alimentation ordinaire. Notre travail consiste à maintenir le barrage et les bâtiments opérationnels en tout temps avec le respect des horaires d’inspection des appareils de levage, systèmes d’éclairage, etc..
Outre ces tâches journalières, les gardiens de barrage inspectent de façon régulière les 13 digues de terre et de béton du lac Kénogami afin de déceler toute fissure. De telles inspections nécessitent l’enlèvement de la végétation qui s’y trouve, une autre tâche accomplie par les gardiens de barrage.
Ce qu’apprécie Normand Dufour dans sa tâche de gardien de barrage, c’est qu’il ne s’agit pas d’un travail routinier. « On travaille à l’extérieur et nous ne sommes pas confinés dans un bureau », confie M. Dufour.
GÉRER LE LAC KÉNOGAMI NE CONSTITUE PAS UNE SINÉCURE
La gestion du niveau d’eau du lac Kénogami ne constitue pas une sinécure pour les fonctionnaires affectés à cette tâche en raison des nombreux intérêts partagés entre les villégiateurs du lac qui désirent voguer sur les eaux, les propriétaires riverains des rivières aux Sables et Chicoutimi qui ne veulent pas voir leurs terrains grugé par les eaux. S’entremêlent les intérêts des producteurs d’électricité que sont Hydro-Jonquière, Abitibi-Consol et Elkem Métal. S’ajoute au portrait le fait qu’Alcan et les arrondissements de Chicoutimi et Jonquière possèdent des prises d’eau qui alimentent les résidences des citoyens.
Marcel Laganière estime que les citoyens au Saguenay ont tendance à simplifier de beaucoup le travail effectué par les gestionnaires de l’eau. « Beaucoup de gens croient qu’on passe nos journées à regarder les barrages. Je pense que les gens ont une perception simpifiée de notre travail. »
Citant l’exemple de la crue printannière, M. Laganière considère que les deux dernières semaines de mai constituent une période cruciale et très vulnérable pour une gestion réussie ou non. « Tout se joue pendant ces semaines. À cette période-ci, il faut que le niveau d’eau soit assez haut pour être certain de remplir même en cas d’absence de pluie, mais il faut aussi être capable d’évacuer de l’eau s’il survient de fortes pluies. »
Parmi les difficultés que représente la gestion du lac, M. Laganière considère que les citoyens ont érigé des propriétés très près de l’eau, un inconvénient constaté lors du déluge de 1996.