Les puits de certains citoyens se sont vidés
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le Dimanche 16 février 2003
Lac-Kénogami
Les puits de certains citoyens se sont vidés
Lorsqu’il s’est installé à proximité du lac Kénogami, il y a environ un an, Éric Dallaire souhaitait trouver la paix et une agréable qualité de vie. Il ne croyait surtout pas se retrouver au beau milieu d’un chantier provoqué par le très faible niveau du lac.
La résidence qu’habite la famille d’Éric Dallaire a récemment été privée de son approvisionnement en eau pendant une quinzaine de jours. En raison du pauvre niveau du lac, son puits de surface s’est retrouvé à sec. Pendant cette période, elle a trouvé l’eau nécessaire à ses besoins quotidiens dans les réservoirs de voisins assez gentils pour lui donner un coup de main.
D’autres citoyens de Lac-Kénogami ont vécu un problème similaire. Selon Réal Godin, représentant de ce secteur à la table du conseil municipal de Saguenay, sept ou huit résidants ont vu leur puits de surface se tarir pour les mêmes raisons. Louis Pilote, président de l’Association de protection du lac Kénogami, parle lui aussi de sept ou huit cas. Éric Dallaire est cependant convaincu qu’ils sont beaucoup plus nombreux.
Pour corriger son problème, Éric Dallaire a fait appel à des puisatiers. Une solution a été trouvée à une profondeur de 45 pieds, mais il a tout de même hérité d’une facture imprévue et importante.
Tout cela parce que le niveau du lac est particulièrement bas depuis le début de l’hiver.
« J’avais un puits d’une trentaine de pieds et il s’est retrouvé bien à sec, raconte Éric Dallaire. Le niveau du lac a baissé continuellement et, un beau jour, il n’y a plus eu assez d’eau. Je suis ici depuis seulement un an, mais la maison existe depuis 30 ans et, selon l’ancien propriétaire, le puits n’avait jamais manqué d’eau. Entre la mi-août et la mi-octobre, ils ont ouvert les valves à 90 mètres-cubes/seconde. Ils ont vidé le lac. Des riverains se sont retrouvés avec des bateaux à sec. En ce moment, l’eau est encore évacuée au rythme de 30 mètres-cubes/seconde alors que les apports d’eau sont très faibles.
« Je voyais venir le problème. On peut vérifier le niveau du puits. J’allais voir de temps en temps pour constater que le niveau baissait constamment. Finalement, le puits s’est tari. Pendant deux semaines, j’ai voyagé l’eau à l’aide de seaux.
« Je comprends que le gouvernement a des contrats à respecter avec Elkem et Abitibi-Consolidated. Je sais qu’il y a des emplois et une production à respecter. Je comprends tout cela, mais je demande pourquoi l’eau a été évacuée à un rythme aussi accéléré entre la mi-août et la mi-octobre. Il faut une gestion préventive du lac pour éviter la répétition de ce genre de problème. Cette année, plus l’hiver va avancer et plus il y aura des gens qui auront des problèmes avec leur puits de surface. »
LA SITUATION RISQUE DE S’AGGRAVER AU PRINTEMPS
Les faibles précipitations enregistrées en septembre et octobre et l’arrivée rapide du temps froid expliquent le niveau particulièrement bas du lac Kénogami cet hiver.
Les apports d’eau ont été moins importants pendant la saison automnale, mais les sorties n’ont pas suivi la même courbe puisque le ministère de l’Environnement a des contrats d’approvisionnement à respecter avec les compagnies Elkem Métal et Abitibi-Consolidated.
Le résultat sur le coup d’oeil est déplorable et incite le conseiller Réal Godin à prévoir un bien triste spectacle quand arrivera le printemps.
En novembre, le Centre d’expertise hydrique du Québec avait souligné que les apports en eau avaient été insuffisants pour restaurer le niveau normal du réservoir après l’application du mode estival de gestion. Pour cette raison, il avait réduit le débit sortant du réservoir à son minimum dès le 16 octobre. Malgré cela, le niveau avait poursuivi sa chute. Il était à l’époque à 158,45 mètres, trois mètres sous la norme habituelle.
Au moment où nous avons rencontré Éric Dallaire, le niveau du lac se situait à 157,67 m. L’apport en eau était de 16 mètres-cubes/seconde et le débit de 33 mètres-cubes/seconde. Vendredi dernier, selon le tableau qui peut être consulté quotidiennement sur le site Internet du ministère de l’Environnement, le niveau avait atteint 156,68m. L’apport en eau avait diminué à dix mètres-cubes/seconde et le débit à 30 mètres-cubes/seconde.
L’Association de protection du lac Kénogami a déploré la situation il y a déjà quelques mois. Au cours d’une conférence de presse, son président Louis Pilote avait reproché au ministère de l’Environnement d’avoir augmenté les déversements entre la mi-août et la mi-novembre pour répondre aux demandes des deux grandes entreprises malgré la diminution significative des apports naturels. L’APLK avait alors évalué que le niveau du lac-réservoir se situait au moins à 15 pieds sous les normales pour cette période de l’année.
Vendredi dernier, Louis Pilote a répété que le niveau du lac est toujours plus bas qu’à l’habitude puisque l’automne n’a pas permis de remplir le réservoir et que les sorties d’eau demeurent plus importantes que les entrées. Il a souligné que ce n’est pas la première fois que des résidants éprouvent des ennuis avec des puits de surface. Le problème s’est cependant posé plus tôt, cette année.
Il a aussi mentionné que l’APLK a rencontré des représentants des deux grandes entreprises qui utilisent l’eau, il y a deux semaines, dans l’espoir de trouver une solution. Le président de l’organisme n’a pas l’impression d’avoir eu droit à une oreille très attentive.