Les riverains du lac Kenogami s’inquiètent
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le samedi 14 juillet 2001
Les riverains du lac Kenogami s’inquiètent
Les riverains du lac Kénogami devront s’armer de patience. Ils n’obtiendront pas, en permanence, un niveau d’eau satisfaisant, durant la belle saison, tant que le réservoir-éponge qui sera aménagé dans la Réserve faunique des Laurentides ne sera pas complété. Et la mise en service de l’ouvrage qu’entreprend Hydro-Québec pour régulariser les crues du bassin versant n’est prévue qu’à la fin de 2005.
Encore quatre années qui paraîtront interminables aux quelque 7500 riverains des rivières Chicoutimi, aux Sables et du lac Kénogami. Le souvenir des inondations de juillet 1996 est gravé dans leur mémoire. Les changements climatiques leur feront redouter la répétition d’une telle catastrophe tant que les mécanismes adéquats de prévention ne seront pas mis en place. Les quelque 200 propriétaires de ce lac magnifique qui deviendra l’une des perles balnéaires de la grande ville en formation devront tolérer les fluctuations du plan d’eau. Entre-temps, ils maudiront tous les diables quand leurs embarcations seront figées dans des berges vaseuses.
Des vases communicants
Mais toutes les gymnastiques autour de la cote d’exploitation maximale de 113,5 pieds n’y changeront rien. La question a suscité des débats animés aux rencontres des émissaires d’Hydro-Québec avec les citoyens de Laterrière, de Jonquière et du lac Kénogami dont les propriétés ont été copieusement arrosées par les eaux du lac-réservoir. À la dernière tenue lundi soir à Lac-Kénogami, l’APLK, une association formée en 1983, tout en se montrant sceptique devant la solution partielle que se prépare à appliquer Hydro-Québec, a déclaré officiellement ne plus faire confiance au ministère de l’Environnement dans la gérance du système hydrographique. Elle ne veut surtout pas qu’un service qui a manifesté tant d’incompétence durant les journées tragiques dont nous célébrerons le cinquième anniversaire la semaine prochaine, soit aux commandes du procédé imaginé par les ingénieurs d’Hydro-Québec pour neutraliser les mouvements de mauvaise humeur de Dame nature.
Comme le suggéraient déjà en 1987 l’APLK et les riverains de Laterrière, c’est à Hydro-Québec que le gouvernement devrait confier cette responsabilité avec des techniciens qu’elle maintiendrait en permanence sur place. La société d’État n’est-elle pas installée chez nous depuis toujours, avec un siège régional à Chicoutimi, des points de service aux endroits névralgiques et des équipes volantes qui bourdonnent partout sur tout le territoire?
Le péril de la rivière aux Écorces
D’ici la fin de 2005, les gens de l’Environnement auront toutefois la possibilité de faire quelque peu oublier leurs erreurs passées en manifestant la plus grande prudence. Car dans les meilleures conditions, la réalité demeure: l’actuel ensemble d’ouvrages du lac-réservoir Kénogami et des rivières dans lesquelles il se déverse demeure un système de vases communicants. Si on prévoit mal les caprices de la météo, le trop-plein se déversera sur les propriétés riveraines pour causer à nouveau des dégâts dont l’ampleur est imprévisible.
Nos dirigeants politiques ont dû se résigner à une solution aléatoire devant les obstacles qui s’élevaient contre leur intention première de domestiquer, non seulement la Pikauba, mais également la rivière aux Écorces. La première ne fournit que 30 pour cent des eaux contenues dans le lac Kénogami alors que l’apport de la deuxième est de 60 pour cent. Il suffit de rappeler que la rivière aux Écorces serpente dans un secteur occupé par les autochtones et fréquenté par les amateurs de plein air pour comprendre les modifications au plan original.
Pour palier à la difficulté, on élèvera les digues autour du lac Kénogami. Quant au barrage sur la Pikauba, il ne servira pas uniquement d’éponge, mais aussi de façon plus inquiétante pour les sinistrés de 1996, de réservoir pour faciliter le maintien d’un niveau le plus stable possible au lac Kénogami.
Le gouvernement ne devra toutefois jamais oublier que l’ultime objectif de son projet, c’est la sécurité.