Environnement Québec n’a encore rien compris
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le lundi 21 août 2000
Environnement Québec n’a encore rien compris
Quatre ans et un milliard de dollars plus tard, les gens du ministère québécois de l’Environnement n’ont encore rien compris. Ils continent de jouer avec la sécurité des Chicoutimiens du Bassin ainsi que des riverains du lac Kénogami et de ses exutoires, les rivières aux Sables et Chicoutimi.
Ils ne sont toutefois pas responsables des dégâts d’un million de dollars causés par deux jours de pluies diluviennes à Métabetchouan-Lac-à-la-Croix. Gonflée par les torrents provenant de la forêt qui coiffe les montagnes servant de frontière entre Québec et notre région, la rivière Couchepaganiche est sortie de son lit pour ravager le réseau routier et les propriétés. Ce qui démontre, une fois de plus, la nécessité de contrôler les débordements périodiques du réservoir hydrographique contenu dans la Réserve faunique des Laurentides.
Durant ces mêmes journées pluvieuses des 9 et 10 août, des milliers de Saguenéens vivaient dans l’angoisse. Il tombait des clous. Le niveau de l’immense lac Kénogami s’élevait dangereusement, mais les pelles étaient hermétiquement fermées comme au début du Déluge de juillet 1996. Que faisaient les gestionnaires du barrage quelque part à Montréal ou dans la Vieille Capitale? Ils nageaient dans la confusion.
Le maire Beaulieu
Le fonctionnaire Roger Dumont s’est confondu en explications confuses lorsque l’animatrice Myriam Segal l’a interrogé sur les ondes de CKRS-Radio. Il estimait avoir accompli bien davantage que son devoir quotidien puisqu’il remplaçait, prit-il la précaution de préciser, le confrère en vacances dont le mandat est justement de déterminer le moment où il faut ordonner au système informatique de lever les portes du barrage pour évacuer le surplus d’eau dans les rivières aux Sables et Chicoutimi.
Cette réponse a fait sortir de ses gonds le maire Jean-Marie Beaulieu, de Laterrière. Personnage serein qui demeure d’un calme imperturbable même dans les débats les plus animés, il n’a pu retenir son indignation devant une attitude aussi irresponsable. Pour ne pas céder une parcelle de leur pouvoir et sauvegarder un emploi ou deux, les gens d’Environnement Québec s’obstinent en tripotant les statistiques. Le maire Beaulieu leur reproche d’avoir violé le protocole de fonctionnement établi depuis la catastrophe de 1996 en laissant le niveau du lac Kénogami s’élever un pied au-dessus de la limite fixée à 113,5 (163,7 mètres).
Dans la tranquillité douillette du ministère, on attendait patiemment les prévisions des météorologistes fédéraux avant de pousser le bouton. Mais comme l’informatique et ses développements les plus pointus ne parviennent pas encore à percer suffisamment les mystères de la nature pour prédire infailliblement avec la plus grande précision le temps qu’il fera dans les heures suivantes, les fonctionnaires de Québec, de Montréal ou d’Ottawa ont tout simplement transmis des prévisions qui ne concordaient pas avec la réalité.
Un gardien sur place
Doit-on rappeler à ces messieurs du ministère que le rapport Nicolet a déjà dénoncé les carences de leur système. Les membres de la Commission scientifique et technique sur la gestion des barrages avaient jugé indispensable, dans les conclusions de leur enquête, d’accorder à des gestionnaires locaux compétents une marge de manoeuvre, « c’est-à-dire une autorité suffisante, pour prendre le relais lorsqu’une situation de crise impose une évaluation et des décisions qui ne sont pas possibles, séance tenante, qu’en pleine connaissance des conditions locales. »
En réinstallant la fonction de gardien de barrage, Québec ne risque pas de replonger dans les déficits budgétaires. Il rassurerait simplement les riverains en attendant la solution définitive que devraient apporter les ouvrages de sécurité estimés à 170,2 millions de dollars qu’Hydro-Québec mettra cinq interminables années avec une période électorale à réaliser.