Des milliers d’inondés vivent dans l’angoisse
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le jeudi 10 septembre 1998
Des milliers d’inondés vivent dans l’angoisse
Il en coûterait 300 millions de dollars pour prévenir d’autres débordements du lac Kénogami et des rivières Chicoutimi et aux Sables… C’est du moins l’estimation faite par une équipe d’ingénieurs d’Hydro-Québec dirigée par Daniel Rivard, le responsable de la production. L’ouvrage projeté emmagasinerait les eaux des rivières Pikauba et des Écorces et les utiliserait dans la production de quelque 60 mégawatts. Outre d’apporter une solution définitive aux inondations des cours d’eau tributaires du lac Kénogami, l’investissement rapporterait des dividendes au Trésor québécois.
Dans l’entrevue accordée au confrère Louis Tremblay, l’ingénieur Rivard explique que la proposition soumise au gouvernement a surtout le mérite de pouvoir contrôler les crues excessives. Elle s’avérerait moins rentable qu’un aménagement classique parce que sa conception aurait d’abord répondu à des objectifs de sécurité.
Les autorités municipales de Lac Kénogami, de Chicoutimi, de Jonquière et de Laterrière, n’ont pas encore réagi à l’option préconisée par la société d’État. Elles solliciteront l’avis de leurs spécialistes avant d’émettre leur opinion.
Obsession «électrique»
L’obsession de générer davantage d’électricité en inondant des territoires fréquentés par les chasseurs et les pêcheurs ne plaît guère, mais si c’est la condition à une gestion sécuritaire du réseau hydrographique du Haut-Saguenay, il faudra bien s’y résoudre.
L’État s’est montré négligent dans le passé. Même si les pluies de juillet 1996 furent exceptionnelles, les erreurs dans l’aménagement et la gestion des barrages en ont amplifié les conséquences désastreuses.
Rappelons-nous le verdict rendu au Galas Méritas ’97 de l’ordre des ingénieurs du Québec par Roger Nicolet, le président de la Commission qui a mené une enquête judicieuse sur les causes du Déluge: «(…) le sinistre a été perçu comme un échec des méthodes d’aménagement de la ressource hydraulique, un rappel brutal…»
La grande lacune qui n’a toujours pas été corrigée, c’est, comme l’expliquent les commissaires dans leur rapport, l«’incohérence flagrante entre, d’une part, la capacité théorique d’évacuation des pertuis et vannes des différents ouvrages et, d’autre part, des exigences hydrologiques d’une exploitation prudente des bassins».
Ainsi, par exemple, la capacité d’évacuation du Portage-des-Roches, l’immense masse de béton qui retient les eaux du lacKénogami, est trois fois supérieure à celle du barrage d’Abitibi-Consol au Bassin de Chicoutimi, quelques kilomètres plus bas. Le débordement était inévitable, mais heureusement, l’ouvrage a résisté.
Si le gouvernement et les entreprises avaient prévu, à l’époque, un canal d’évacuation, même la grande tasse du Déluge n’aurait pas emporté des milliers d’habitations. Le Saguenay l’aurait bu d’une seule gorgée.
En attendant la réalisation de la solution définitive, les riverains trembleront à chaque crue printanière et aux périodes estivales anormalement pluvieuses. Ils risquent de vivre longtemps dans l’angoisse s’ils n’insistent pas davantage auprès de Québec sur l’urgence d’agir.